Ancien et nouvel emblème de Québec (Le Soleil, mai 1949)

 

NOUVEAU ET ANCIEN BLASONS DE LA VILLE: La vieille capitale vient de se réconcilier avec les lois sévères de l’héraldique en adoptant un nouveau projet de blason conforme en tous points aux données de cette science capricieuse. On voit ci-dessus à gauche le nouveau blason et à droite l’ancien qui jusqu’ici était estampillé sur les documents officiels de la municipalité. Les nouvelles armoiries représentent une grande amélioration sur les anciennes. Comme on peut le constater, le dessin est à la fois d’une grande simplicité et d’une grande beauté. Il est aussi très significatif. Sa devise est également plus à point que l’ancienne. Ses couleurs sont or, argent, rouge, bleu royal et vert. Le nouveau blason nous représente le vaisseau de Champlain, le « Don de Dieu »: la St-Charles et le fleuve St-Laurent; les clefs de la ville; la feuille d’érable ainsi que la couronne, symbole des villes fortifiées. L’ancien blason, en plus de porter en exergue une inscription latine (au Québec. on parle français), était meublé à profusion. Il y avait la déesse Strenua (une illustre inconnue de l’Olympe) ; une corne d’abondance, une ruche d’abeilles; le cap Diamant; le fleuve St-Laurent: un navire, etc.

Après 18 mois de recherches et d’études, la Vieille Capitale se dote d’un nouveau blason, simple et sans surcharge, plus représentatif de l’histoire du vieux Québec — Explication des symboles.

Après 18 mois de recherches et d’études laborieuses, la vieille capitale vient de se doter d’un nouveau blason compatible avec les, données de la science héraldique. Par décision du comité administratif, les nouvelles armoiries remplaceront sur les documents officiels le sceau où figurait jusqu’ici la déesse Strenua, une divinité secondaire censée représenter le travail et l’activité.

Le nouveau blason, à l’encontre de l’ancien, sera simple et sans aucune surcharge. Il sera aussi plus représentatif de l’histoire du vieux Québec. Enfin la nouvelle devise « Don de Dieu Feray Valoir » combine à la fois en un jeu de mots le nom du vaisseau de Champlain ainsi que l’expression du courage et de la détermination de vivre des Québécois. L’ancienne devise était « Natura Fortis Industria Crescit » ce qui pour le commun des mortels qui ne savent pas un traître mot de latin ‘veut dire : « Elle doit à la nature sa puissance, au travail son essor ». Les armoiries nouvelles ont été préparées par un comité spécial aidé .de plusieurs collaborateurs qui ont présenté de nombreux projets. Le dessin ainsi que la description héraldique du nouveau blason sont dus à M. Maurice Brodeur, héraldiste de renom.

La nécessité pour la ville d’avoir un nouveau blason fut soulignée de façon particulière,  il y a 18 mois, lorsque les administrateurs municipaux décidèrent de graver les armoiries de la cité sur l’un des murs de l’usine de pompage, rue St-André.

HISTORIQUE

Dans une lettre adressée au comité administratif, les trois membres du comité des armoiries ont relaté l’historique du nouveau blason. Ci-dessous, des extraits de cette lettre :

« À l’instar du gouvernement du Canada, de la province de Québec et de la cité de Montréal, Québec a éprouvé le besoin de mettre à point ses armoiries.

« Le comité administratif a nommé le 9 octobre 1946, le greffier, l’ingénieur ainsi que l’archiviste-statisticien de la cité pour constituer un comité des Armoiries, avec pouvoir de s’adjoindre, à titre de consultants, M. Gérard Morisset, membre de la Société Royale du Canada et M. Marius Plamondon, professeur de sculpture à l’école des Beaux-Arts de notre ville. Cette initiative de former un comité des armoiries a été provoquée par la nécessité de graver le blason de la cité sur une des façades de la nouvelle usine des pompes, rue St.-André. M. Ludger Gagnon, ingénieur-adjoint du département des travaux publics de la cité, fut aussi invité à prendre part aux délibérations.

Dès sa première réunion, le comité élisait M. Édouard Flamel, ingénieur en chef de la cité, à la présidence. M. Valère Desjardins, archiviste-statisticien, fut nommé secrétaire. La collaboration de M. Maurice Brodeur, héraldiste, fut demandée le 18 décembre 1947.

« Des projets et des dessins appropriés dont tous comportaient comme meuble principal le vaisseau « Don de Dieu » et l’ancienne devise ont été soumis par MM. l’abbé Adolphe Garneau, Gérard Morisset, Maurice Brodeur et par M. Burroughs Pelletier, I.P., directeur du service provincial de l’urbanisme. Ce dernier avait joint à son esquisse d’armoiries la devise suivante « J’ai vu le Don de Dieu ».

« À toutes ces suggestions fort intéressantes en elles-mêmes s’ajoutèrent plusieurs autres projets parmi lesquels celui que notre comité soumet. Ce blason concis dans ses éléments et dans sa devise renferme t la fois tout un passé glorieux en même temps que des perspectives 1nmenses d’avenir. Nous en devons le dessin et la description héraldique à M. Maurice Brodeur, héraldiste réputé. »

Description profane

Laissant de côté la description du héraldiste, incompréhensible pour le profane, disons simplement qu’au-dessus de l’écu se trouve une couronne, muraille crénelée à sept portes. Au haut de l’écu, on voit deux clefs d’or croisées sur lesquelles est posée une feuille d’érable. Au milieu de l’écu est représenté le vaisseau « Don de Dieu » qui vogue sur les eaux de la « rivière » située en bas de l’écu. Sous l’écu, on peut lire la devise: « Don de Dieu Feray Valoir ».

Couleurs des principaux éléments

Le champ ou fond de l’écu est bleu foncé. Le vaisseau est argenté. La rivière est argentée. Les traits figurant les ondulations de l’eau sont bleus. La partie supérieure de l’écu est rouge. Les clefs sont dorées. La feuille d’érable est verte; ses nervures sont dorées. La couronne, avec ses sept créneaux, est dorée. Les sept portes sont rouges. La banderole, portant la devise, est dorée. La bordure de la banderole est rouge. Les lettres de la devise sont d’azur.

Les couleurs des nouvelles armoiries de la Ville sont essentiellement héraldiques et dut été choisies uniquement pour harmoniser le dessin des éléments qui les composent, d’après la signification symbolique des émaux (métaux et couleurs proprement dites) de la science héraldique.

L’or (métal) signifie force, foi, justice, richesse, constance, éclat. L’argent (métal) signifie humilité, pureté, charité, vérité, victoire. L’azur (couleur bleu royal) signifie souveraineté, majesté, sérénité, bonne réputation, savoir, clarté, loyauté. Le « gueules » (couleur rouge) signifie amour, douleur, grandeur, courage, générosité, vaillance, intrépidité. Le sinople (couleur verte) signifie espérance, renouveau, abondance, beauté, liberté, gaieté.

Les symboles

—        Le vaisseau représente tout particulièrement la période de la fondation de Québec. Il met aussi en évidence tout ce qui se rattache à l’histoire maritime de la ville. Ses voiles sont gonflées pour montrer la fermeté et la vaillance de la population.

—        La rivière représente le fleuve St-Laurent et la 8t-Charles. Québec est un port destiné à un développement considérable. « Vaisseau » et « rivière » indiquent cette qualité.

—        Les deux clefs ont chacune une signification particulière relative à l’histoire de la ville.

La clef de droite symbolise Québec comme la clef du Pays, la capitale de la Nouvelle-France, puis la capitale du Canada, enfin celle du Bas-Canada. La clef de gauche symbolise la capitale de la province de Québec depuis la confédération de 1867.

Il est à noter que la clef, comme élément héraldique, fait partie des armoiries les plus anciennes de la ville.

—        La feuille d’érable symbolise le caractère canadien de la ville de Québec. Elle est appliquée sur les deux clefs passées en sautoir, comme un cachet ou sceau précisant leur caractère symbolique de clefs de capitale. Elle est placée au point d’honneur du « chef » de l’écu pour symboliser l’esprit patriotique et civique des habitants de la ville. La feuille d’érable, élément de beauté, servira de signe de ralliement pour inciter les citoyens à embellir sans cesse leur ville, déjà renommée par ses attraits naturels et le sublime de son histoire.

—        La « couronne murale » est un ornement extérieur de l’écu qui « timbre » les armoiries des villes fortifiées. Les portes représentent celles de la ville.

—        « Don de Dieu Feray Valoir », telle est la devise du nouveau blason. Québec est véritablement un don précieux de la divine Providence. Mais les richesses inexploitées ne suffisent pas; laissées en friche elles demeurent stériles. Il faut les faire fructifier, les « faire valoir ». La devise est aussi un témoignage de foi chrétienne symbolisant les vertus spirituelles, morales et sociales d’une population active et courageuse. Dans sa simplicité, elle incarne pour la ville l’idéal le plus pur, prenant racine aux origines mêmes de sa fondation.

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